Né sous X, il dénonce « l’injustice » de la loi française

23 February 2015

Né sous X, il dénonce « l’injustice » de la loi française

Il y a un an, Matthieu Evers a retrouvé la trace de sa mère de naissance, mais elle refuse d’entrer en contact avec lui.

23/2/15 - 09 H 16

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Matthieu Evers, né sous X, souhaiterait que la France se rapproche du système anglais, où le secr... BRUNO LEVY POUR LA CROIX

Matthieu Evers, né sous X, souhaiterait que la France se rapproche du système anglais, où le secret peut être levé à la majorité de l’enfant.

AVEC CET ARTICLE

L’accouchement sous X conforté par le Conseil constitutionnel

Bataille d’arguments autour de l’accouchement sous X

Pour cet homme de 52 ans dont la quête a débuté à l’adolescence, la blessure reste vive. Comme d’autres enfants nés sous X, il réclame une réforme de la loi.

Nous l’avions rencontré il y a deux ans. Son histoire, emblématique, nous avait émus. À l’époque, Matthieu Evers, né sous X le 29 juillet 1962, cherchait à retrouver sa mère de naissance. Il nous confiait alors son besoin viscéral de comprendre, de savoir. Et disait vivre dans l’ombre d’un questionnement pesant.

« Il n’est pas facile de se construire quand on ne sait pas d’où l’on vient. Je voudrais remettre à sa place la pièce manquante du puzzle de ma vie », soufflait avec pudeur ce Parisien, père de deux enfants.

> (Re)lire ?: L’accouchement sous X conforté par le Conseil constitutionnel

Matthieu Evers avait alors épuisé de nombreuses voies de recours. Le Conseil national d’accès aux origines personnelles (Cnaop) (1) disait ne pas être en mesure de retrouver l’identité de sa mère, a fortiori de la contacter.

Le Conseil constitutionnel avait aussi douché ses espoirs en rejetant une « question prioritaire de constitutionnalité » relative à l’accouchement sous X. Il s’était tourné vers la presse, espérant que la femme qui l’avait mis au monde ferait le rapprochement… En vain.

EN FINIR AVEC « CE SENTIMENT D’ILLÉGITIMITÉ »

En janvier 2014, coup de théâtre. Le Cnaop a finalement retrouvé sa trace. Pour Matthieu Evers, c’est un ébranlement. Il va enfin pouvoir mettre un prénom, un visage sur les quelques bribes d’information dont il disposait jusque-là?: une femme de 22 ans, étudiante en droit « appelée Marie-Jeanne ou Marie-Josée » ayant accouché à l’été 1962 à la clinique Tarnier, près de Port-Royal, à Paris.

Il va pouvoir confronter ses hypothèses sur les raisons de son abandon à la réalité. Et peut-être en finir avec « ce sentiment d’illégitimité » qui lui a toujours collé à la peau, malgré l’amour de ses parents adoptifs.

Mais non. Il n’y aura rien de tout cela. Sa mère biologique a refusé – comme le droit l’y autorise – de lever l’anonymat. Matthieu ne saura rien de plus et devra continuer à vivre avec ses doutes, le « trou noir » de ses origines et la culpabilité latente d’avoir été « l’empêcheur de tourner en rond ». La nouvelle est un coup de massue.

Lire aussi ?: Pour ou contre l’accès aux origines?: quatre témoignages

Aux trois lettres envoyées par le Cnaop entre mars et mai 2014, sa mère biologique n’a d’abord pas répondu. Lorsque la quatrième missive lui parvient – en recommandé cette fois –, cette femme explique qu’elle « ne veut rien dire, rien transmettre, rien savoir ».

Elle souligne « avoir fait sa vie », puis ajoute quelques mots qui laissent entrevoir l’âpreté de l’épreuve?: « Je suis passée par des moments douloureux et je ne veux surtout pas les revivre. »

Matthieu espérait juste un échange épistolaire direct avec la femme qui lui a donné la vie, pas forcément la rencontrer. Il y a deux ans, il nous avait confié?: « Ce qui m’importe, c’est d’avoir de ses nouvelles et de lui donner des miennes. On a quand même passé neuf mois ensemble?! » Il avait préparé une lettre à son attention. Mais elle ne veut pas la recevoir. La déconvenue est très rude.

« ON PRIVE L’ENFANT D’UNE PARTIE DE SON HISTOIRE »

L’ancien enfant abandonné sait bien qu’il en va de deux libertés difficiles à concilier. Celle de connaître ses origines, mais aussi celle de pouvoir accoucher dans la discrétion dans certaines circonstances. Malgré sa souffrance, palpable, l’homme ne demande pas la suppression du secret.

« Certaines femmes sont dans de telles situations de détresse qu’elles n’ont pas d’autre choix », reconnaît-il. Il estime cependant que la loi française est injuste car « déséquilibrée »?: « La mère a tout les droits et l’enfant, aucun. On le prive d’une partie de son histoire », estime-t-il.

> Lire aussi ?: Bataille d’arguments autour de l’accouchement sous X

Il voudrait que la France se rapproche du système anglais, où la mère peut accoucher dans la discrétion mais pas dans l’anonymat et où le secret ne peut être maintenu au-delà de la majorité de l’enfant.

DES REGRETS ET QUELQUES LETTRES

« À 18 ans, celui-ci peut accéder à son certificat original de naissance où figure l’identité de ses parents biologiques », note ainsi le rapport parlementaire de Brigitte Barèges de 2010. L’ancienne députée UMP avait plaidé pour la levée du secret à la majorité mais sans être entendue, tant le sujet est brûlant.

Depuis, les rares initiatives politiques pour relancer le débat sur l’accouchement sous X ont été découragées. Matthieu Evers reste avec ses regrets et les quelques lettres que sa mère de naissance avait écrites à l’œuvre d’adoption dans les mois qui ont suivi son accouchement et que son fils est parvenu à obtenir après des années de persévérance.

> Lire à ce sujet?: Faut-il réformer en profondeur l’adoption??

Un trésor mais aussi une source d’amertume. Des phrases lues et relues, comme celle-ci, datant de septembre 1962?: « Je vous demande, s’il vous plaît Madame, de le placer dans une famille très catholique, (…) de lui choisir une maman bien douce et un papa pouvant lui faire faire des études supérieures, car cet enfant ne peut pas ne pas être intelligent. »

MARINE LAMOUREUX

(1) Le Cnaop a été créé en 2002 pour faciliter les recherches des personnes nées sous X.

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